Principes
Le Regroupement Des Universitaires rappelle que:

Les sociétés ont accédé à une taille, un niveau technique et un degré d’activité qui épuisent progressivement les ressources, font disparaître ou détériorent les écosystèmes, et polluent l’air, les océans, les rivières et les sols (10-14). Cette évolution modifie ainsi la composition chimique de l’atmosphère, les propriétés physicochimiques des océans et le climat, fait disparaître une multitude d’espèces vivantes, dégrade les écosystèmes et appauvrit les sols. Progressivement, le capital naturel est détruit, compromettant ultimement le fonctionnement de la biosphère, le bien-être humain et la vie (12,14-17).
L’activité humaine est devenue le facteur principal qui détermine les conditions biogéochimiques et biogéophysiques régnant sur Terre. Les observations scientifiques montrent que la planète est entrée dans une nouvelle période géologique – l’Anthropocène – dans laquelle les sociétés humaines transforment à grande échelle et de plus en plus rapidement les écosystèmes dont elles dépendent (18-20). La civilisation actuelle, telle qu’elle fonctionne, n’est pas soutenable, entraînant le système Terre vers un état nouveau qui menace les conditions mêmes de la vie sur Terre (21-23)
Cette situation résulte d’une société techno-industrielle hyperproductive, surconsommatrice, individualiste et non inclusive, fondée sur une croissance économique aveugle, sur la dilapidation des ressources naturelles, l’utilisation à outrance des combustibles fossiles, la subordination des innovations technologiques à une logique commerciale peu soucieuse de l’intégrité des écosystèmes, et sur la survalorisation de la possession de biens matériels au détriment de la qualité de vie.
Le système économique actuel comporte, dans ses fondements mêmes, les mécanismes qui, en plus de créer d’importantes inégalités économiques (16,24-25), sont à l’origine des menaces qui pèsent maintenant sur l’humanité (4,14,21,26-29). Il doit par conséquent être réformé.
Les innovations technologiques n’ont eu qu’un effet marginal dans la réduction de l’empreinte environnementale mondiale, contribuant plutôt à alimenter la croissance économique. Bien que la science et la technologie puissent avoir un apport positif, celui-ci ne sera significatif qu’à travers une transformation en profondeur du mode actuel de production industrielle et de consommation.
Afin de favoriser un système économique bienveillant pour l’être humain et l’environnement, les principes ci-après devraient être observés :

- remettre l’être humain et son bien-être au cœur des préoccupations;
- prioriser le bien commun, la collectivité et l’inclusion sociale, par exemple dans le domaine du transport. L’auto solo à grande échelle et l’explosion du nombre de voyages en avion ne sont pas compatibles avec des sociétés soutenables;
- supprimer les subventions aux combustibles fossiles et favoriser les énergies renouvelables ainsi que les loisirs et le tourisme durables;
- intégrer le coût réel de la dégradation de l’environnement dans le prix des biens et services et généraliser le principe de pollueur-payeur;
- stopper l’étalement urbain et favoriser la densification intelligente des villes;
- réformer le système agricole pour une agriculture locale et biologique qui favorise la biodiversité, capte du carbone plutôt que d’en émettre, et favorise les circuits courts (agroforesterie, permaculture).
Ces principes ne sont pas toujours compris, et leur mise en pratique demeure très insuffisante en regard des enjeux environnementaux. L’inaction est notamment liée à un manque d’éducation sur les enjeux environnementaux, à un système économique difficile à ajuster, à la pression de certains lobbies, et à une récupération des enjeux environnementaux à des fins idéologiques. L’inertie résulte aussi d’une gouvernance inadaptée. Les décideurs, qui manquent d’informations et parfois de courage politique, sont prisonniers des échéances électorales, et ne se sentent pas assez poussés par la population. Les citoyens manquent parfois d’informations, ne sont pas assez conscientisés et se heurtent surtout à des contraintes structurelles dans leur volonté d’agir de manière écoresponsable, telles que le manque de transports collectifs, l’éloignement de leur domicile, l’offre de biens durables, locaux et biologiques, et la facilité d’obtenir des biens et services provenant de sources non durables.
Ce sont les habitants des pays riches comme le Canada qui émettent le plus de GES et qui utilisent le plus de ressources par personne. Ce sont aussi de grands importateurs qui ont délocalisé les coûts écologiques de la production dans les pays en développement. À l’opposé, les pays les plus pauvres ont l’empreinte la plus faible per capita et subissent le plus les conséquences des changements climatiques. Afin de limiter cet impact, il incombe aux pays développés de réduire de façon majeure leur empreinte écologique pour favoriser une plus grande justice environnementale et permettre aux pays pauvres d’atteindre un niveau de vie acceptable. Il est essentiel que ceux qui ont le plus pollué et profité de la surexploitation des ressources naturelles montrent qu’il est possible d’assurer une bonne qualité de vie tout en respectant les limites de l’environnement.