Les conclusions du rapport du GIEC 2021

6 novembre 2021 | Bruno Detuncq, professeur à la retraite de l’École Polytechnique de Montréal

Ce texte est le deuxième d’une série de trois portants sur le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC). Ces articles ont comme objectif de dresser un court historique de l’étude du climat et de la formation du GIEC, de présenter les principales conclusions du dernier rapport ainsi que de discuter des avancées de la COP26, qui se déroule à Glasgow, du 31 octobre au 12 novembre 2021.

Présentation du rapport n°6 du GIEC

La première partie du sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été publié le 9 août dernier et porte sur l’état des connaissances du climat mondial. Il découle de l’analyse de près de 14 000 articles scientifiques publiés entre 2013 et janvier 2021. Ce rapport est le fruit d’une discussion entre les scientifiques et le personnel politique délégué par de nombreux pays. Chaque ligne a été analysée et validée par l’ensemble des membres.

Le rapport du groupe de travail n°1 du GIEC couvre deux facettes: les changements climatiques dans le passé et les scénarios de changements dans le futur et leurs conséquences. Au printemps 2022 seront publiés les deux autres rapports de cette phase d’étude.

La conclusion générale est que l’ampleur des changements récents du climat est sans précédent par rapport au climat passé. Les bouleversements climatiques d’origine humaine affectent déjà de nombreux phénomènes météorologiques et climatiques dans toutes les régions du monde. Les preuves des changements observés des extrêmes, tels les vagues de chaleur, les fortes précipitations, les sécheresses et les cyclones tropicaux, se sont renforcées depuis le rapport de 2013.

Les grandes conclusions de ce rapport concernant le passé sont les suivantes:

a) Les changements climatiques proviennent des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées principalement par la combustion du charbon, pétrole et gaz naturel, ainsi que de la déforestation, de l’agriculture intensive et de l’élevage de bovins.

b) Chacune des quatre dernières décennies a été plus chaude que toutes les décennies qui l’ont précédée depuis 1850. Durant la décennie 2011-2020, la température moyenne à la surface du globe a été supérieure de 1,1°C à celle de 1850-1900. Cette élévation de température est sans précédent au moins pour les 2 000 dernières années.

Localement, de nombreux endroits sur la planète ont connu des températures extrêmes depuis quelques années, pensons à la Colombie-Britannique, ou à certaines zones au Moyen-Orient ou encore au Pakistan, qui ont tous enregistré des températures frisant ou surpassant même les 50°C. Ce sont des températures que les humains ne peuvent endurer sans subir de graves problèmes de santé.

Ces températures ont entraîné des sécheresses importantes, donc des rendements agricoles en diminution. La sécheresse de l’été 2021 en Saskatchewan a frappé très fort les producteurs de céréales, même chose pour les agriculteurs du nord de l’Inde ou de plusieurs zones en Afrique.

c) Les précipitations moyennes mondiales ont augmenté depuis 1950, avec un taux d’augmentation plus rapide depuis les années 1980. Des inondations sans précédent sont survenues en Europe, en Chine ou aux Philippines en 2021. Ces pluies ont entraîné des dégâts considérables et des pertes de vie humaine.

d) Le recul mondial des glaciers depuis les années 1990 et la diminution de la superficie de la glace de mer arctique depuis 1975 (d’environ 40%) est directement en lien avec le réchauffement. Même constat pour la diminution de la couverture neigeuse printanière de l’hémisphère Nord depuis 1950.

Par conséquent, le Nord se réchauffe trois fois plus rapidement que la moyenne terrestre. Le pergélisol a commencé son dégel, ce qui peut libérer une grande quantité de méthane et de CO2, et ainsi accélérer l’effet de réchauffement.

e) La couche supérieure de l’océan (0-700 m) s’est réchauffée depuis les années 1970. La survie des crustacés et de certaines espèces de poissons est menacée. C’est un phénomène qui entraîne une diminution des pêches et donc un problème alimentaire supplémentaire.

f) Il est pratiquement certain que les émissions de CO2 sont le principal facteur de l’acidification globale actuelle de la surface des océans.

g) Le niveau moyen des océans a augmenté de 20 cm entre 1901 et 2018. Le taux moyen d’élévation du niveau de la mer était de 1,3 mm par an entre 1901 et 1971, augmentant à 1,9 mm par an entre 1971 et 2006, et augmente de 3,7 mm par an entre 2006 et 2018.

Les populations côtières sont directement mises en danger par cette élévation. De grandes villes se trouvent le long des océans et les habitants sont menacés de perdre leurs maisons. Que l’on pense à l’ouragan Sandy qui a frappé New York en 2012, ou l’ouragan Katrina en 2005 qui a dévasté une partie de la ville de Nouvelle-Orléans.

Les futurs climatiques possibles

En utilisant les données de température et autres paramètres climatiques de l’ère préindustrielle, des simulations ont été faites pour évaluer l’évolution du climat entre 1850 et 2020. La comparaison des résultats obtenus par simulation aux résultats de mesures nous permet d’avoir confiance envers les modèles climatiques, dont l’extrapolation dans le futur indique très probablement ce qui risque de se passer.

Un grand nombre de scénarios ont été analysés dans le rapport du GIEC; ils sont regroupés en cinq scénarios typiques et couvrent la période de 2015 à 2100. La moyenne de température des années 1850 à 1900 est utilisée comme référence.

Les émissions annuelles varient d’un scénario à l’autre en fonction des hypothèses utilisées comprenant, entre autres, l’accroissement de la population mondiale, l’évolution des technologies, principalement énergétiques, la modification des émissions des aérosols, ainsi que les mesures de contrôles de la pollution atmosphérique, en particulier le développement de méthodes de captation du CO2 atmosphérique.

En prenant comme point de départ les émissions mondiales de 40 Gt de CO2 en 2015, il est obtenu, pour le scénario le plus optimiste, une réduction des émissions dès 2021 et l’atteinte de la carboneutralité vers 2050. Ce scénario permet de stabiliser l’augmentation de la température à une valeur d’environ 1,5°C par rapport à la moyenne de référence. Les autres scénarios entraînent des augmentations pouvant aller jusqu’à 5°C, ce qui serait une véritable catastrophe.

Des impacts majeurs et à long terme

L’abandon des énergies fossiles, comme le recommande l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) dans son rapport de 2021, implique que les énergies renouvelables seront sollicitées en premier lieu pour répondre aux besoins essentiels à court terme des humains, mais n’ont pas d’impact pour décarboner l’atmosphère.

Les études récentes montrent qu’à l’avenir les puits de carbone seront moins efficaces pour séquestrer le CO2. Un effet de saturation est à prévoir. Il en résulterait alors une augmentation plus rapide de l’effet de serre, ce qui n’est pas une bonne nouvelle. Il en résultera inévitablement une augmentation des méfaits cités plus haut en accélérant le passage des dégâts du niveau local à un niveau beaucoup plus global.

De plus, de nombreux changements dus aux émissions de GES sont irréversibles pour des siècles, voire des millénaires, en particulier les changements au niveau des océans, des calottes glaciaires et du niveau mondial des mers. Cela est causé par la très grande inertie thermique de l’eau.

Des changements importants s’imposent

L’urgence climatique n’est plus une hypothèse, mais une certitude scientifique. La poursuite des activités humaines, telles que vécues depuis les 50 dernières années, n’est plus possible; des changements importants s’imposent. Ces changements sont déjà en marche, mais le tempo doit s’accélérer. La sobriété énergétique doit faire partie de la solution.

L’article trois de cette courte série présentera les principales conclusions de la COP26 qui se termine le 12 novembre 202

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