Territoires et biodiversité: notre responsabilité à tous et notre intérêt commun !

11 septembre 2021 | Yvan Croteau, Éve Duhaime et France Levert, respectivement administrateur d’Action boréale, vice-Présidence de TerraVie, et présidente du Réseau québécois des groupes écologistes. Les trois auteurs sont membresdu Regroupement Des Universitaires.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement du Québec anime une large « Conversation nationale sur l’urbanisme et l’aménagement des territoires » en vue de l’adoption d’une « Stratégie québécoise » en 2022. Cette démarche répond à des préoccupations et requêtes maintes fois exprimées de la part de nombreux intervenants – dont les partenaires de l’Alliance Ariane – à l’effet que le Québec se dote d’une vision nationale ambitieuse dans ce domaine ainsi que des mécanismes pour en assurer la mise en œuvre.

Dans les dernières années, plusieurs démarches similaires mises de l’avant sous plusieurs gouvernements n’ont pas abouti et n’ont pas permis, notamment, de revoir en profondeur la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, législation centrale dans ce domaine.

Conversation nationale

Les enjeux et les impacts de l’urbanisation et des choix d’aménagement du territoire sur la biodiversité et les milieux naturels sont un des importants thèmes transversaux englobés dans la Feuille de route du Front commun pour la transition énergétique. À l’occasion de la Conversation nationale, nous nous sommes penchés sur le document de consultation rendu public à l’été 2021 par le gouvernement du Québec. Nous en partageons ici différents constats.

Les pratiques déficientes en matière de protection et d’aménagement du territoire provoquent la destruction de milieux naturels, qui sont vitaux pour la santé et le bien-être d’innombrables espèces (y compris les humains), en plus d’être d’importants puits de carbone essentiels à la lutte contre les changements climatiques. L’étalement urbain et les voitures à essence, jumelés à l’offre déficiente en transport actif et collectif, ont des impacts particulièrement importants sur le climat.

Rapport du GIEC

Les bouleversements écosystémiques et climatiques en cours sont des défis qu’il faut relever collectivement en transformant radicalement notre rapport au vivant. Selon le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’ère géologique actuelle se caractérise par des signes visibles de l’impact de l’être humain sur son environnement dont la destruction d’habitats et de milieux forestiers, la rareté croissante des ressources, la pollution des sols, de l’air et de l’eau, l’érosion des terres, la croissance des inégalités sociales, etc.

Dommages des milieux naturels

Ces dommages résultent de décennies de décisions fondées sur la satisfaction des désirs matériels d’une partie de l’humanité, sans prise en compte suffisante des besoins des peuples marginalisés et des autres êtres vivants ‒ animaux et plantes. Ces dommages sont une conséquence directe d’une fiscalité municipale dépendante des taxes foncières, qui, on le sait depuis fort longtemps, encouragent l’étalement urbain. Enfin, l’influence et la pression indues des intérêts privés ‒ spéculateurs, promoteurs immobiliers, miniers et forestiers, constructeurs d’infrastructures et autres ‒ auprès des décideurs politiques ont des impacts déterminants sur les milieux naturels. Par ailleurs, des exemples probants de protection de la biodiversité par les Peuples autochtones à travers le monde peuvent servir d’inspiration, alors que 80% de la biodiversité forestière sauvegardée se trouve sur leurs territoires (2).

Des solutions à implanter

Il faut renoncer à voir l’aménagement des territoires à travers une lorgnette anthropocentrique et le territoire comme un espace à occuper ou un réservoir de ressources à exploiter. Tel qu’énoncé dans la Feuille de route, pour y arriver, il faut, entre autres :

• Prendre acte des conséquences irréversibles d’un éventuel dépassement du point de non-retour dans l’effondrement des écosystèmes et des cycles naturels;

• Planifier et occuper le territoire sur la base d’une approche écosystémique et non anthropocentrique;

• Stopper l’étalement urbain et l’expansion du réseau routier;

• Protéger les milieux naturels et restaurer ceux qui sont déjà dégradés;

• Densifier les quartiers urbains et cœurs villageois, et les transformer en milieux de vie durables en assurant l’inclusion et la participation des populations vulnérables;

• Réformer la fiscalité municipale et miser sur des outils comme l’écofiscalité;

• Miser sur la compétence des nations autochtones sur leurs propres territoires.

La Feuille de route propose plus de 80 actions pour faire face à ces défis, parmi celles-ci figurent l’établissement d’une Politique nationale d’aménagement du territoire, l’adoption d’une Loi-cadre sur la protection de la biodiversité ainsi que la définition d’une personnalité juridique pour les écosystèmes. Miser sur la réutilisation des ressources, des infrastructures et des bâtiments existants est une autre des solutions proposées. Enfin, il est impératif que l’État consacre des ressources suffisantes pour assurer l’application des lois et règlements en vigueur.

Le Québec, un vaste territoire contrasté – quelques données

Le Québec compte 8,4 millions d’habitants (h.) sur un territoire de 1 356 547 km2 dont la moitié vit sur moins de 1% du territoire et plus de 80% en milieu urbain;

• 47,7% des habitants résident dans l’une des 10 municipalités de 100 000 h. ou plus et 3,3% dans l’une des 634 municipalités comptant moins de 1 000 h. ce qui représente 50% des 1 294 municipalités du Québec;

• 142 000 sont d’origine autochtone.

Sur ce territoire, on compte:

• Plus de 50 000 sites contaminés aux hydrocarbures à décontaminer;

• 223 sites miniers abandonnés, une facture estimée à 1,2 milliard $.

Conclusion

Le dernier rapport du GIEC presse les décideurs publics de prendre des mesures immédiates pour limiter les conséquences du changement climatique, qui, pour le moment, nous dirige vers une augmentation de plus de 2 degrés Celsius – avant la fin du siècle – entraînant une plus grande fréquence d’événements climatiques extrêmes, comme des précipitations plus importantes à certains endroits, des inondations, une sécheresse des sols accrue dans d’autres, des incendies de forêt et des cyclones tropicaux. Les territoires nordiques, dont le Québec, seront particulièrement affectés. Il y a urgence de façon évidente et il faut maintenant des actions courageuses et musclées.

Les choix d’aménagement des territoires doivent être pensés pour le bien commun. Les priorités devront être élaborées en fonction des urgences et des crises à venir. Les enjeux environnementaux et climatiques nécessitent une attention prioritaire. Ces enjeux sont connus depuis plus de 50 ans et n’ont fait que s’exacerber faute d’engagement à la mesure des défis à relever. Pourtant, chacun des territoires de l’immense Québec présente un potentiel réel pour qu’humains et nature cohabitent en harmonie. Déjà des initiatives, nombreuses, inventives et inspirantes, existent. Les actions proposées dans la Feuille de route 2,0 du FCTÉ sont autant d’avenues pour poursuivre et accélérer ce mouvement vers un autre monde possible, plus juste et respectueux de l’environnement.

Questions ou commentaires?

Ce texte fait partie d’une série de 15 articles qui visent à faire connaître la Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité Québec ZéN 2.0. Ce projet a été élaboré par des membres du Front commun pour la transition énergétique et leurs allié.e.s. Créé en 2015, le Front commun regroupe 90 organisations environnementales, citoyennes, syndicales, communautaires et étudiantes représentant 1,8 million de personnes au Québec.

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Références

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