La Feuille de route Québec ZéN : dialoguer pour changer le monde

10 juillet 2021 | Carole Dupuis

Lire l’article sur le site du journal Le Soleil

(1 de 15) Le 30 septembre 2019, le Front commun pour la transition énergétique donnait le coup d’envoi public de Québec ZéN, une initiative de dialogue social visant à accélérer la transition du Québec vers la société «zéro émission nette» de demain, plus résiliente et plus juste.

Le même jour, il publiait la version 1.0 de sa Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité. Le but : utiliser cette ébauche comme point de départ pour coconstruire une vision du Québec post-carbone, des chemins qui y mènent et des fausses pistes qui nous en éloignent, en accueillant pleinement les consensus scientifiques ainsi que la diversité des sensibilités politiques et des analyses intersectionnelles; utiliser cette démarche comme tremplin pour propulser un vaste mouvement de transformation socio-écologique.

Cet appel au dialogue a trouvé un large écho. Au fil des 12 mois qui ont suivi, près de 190 personnes, membres du Front commun et alliées, appartenant à plus de 85 organisations et à au moins 21 départements, chaires de recherches ou facultés de 12 universités ont contribué à la version 2.0 adoptée à l’unanimité par l’assemblée générale du Front commun et présentement disponible sur le Web.

L’urgence de passer de la parole aux actes

Cette démarche collective exceptionnelle s’inscrit dans un moment extrêmement troublant de l’histoire de l’humanité. Alors que nous ne mesurons pas encore tous les impacts de la pandémie de COVID-19, spécialement sur les populations vulnérables, nous savons déjà que nous devons réduire immédiatement et radicalement nos émissions de GES pour avoir une chance d’empêcher que le réchauffement du climat n’ait des conséquences encore plus terrifiantes — et irréversibles.

Face à ces sombres perspectives, l’urgence d’agir se fait chaque jour plus pressante. Or, des solutions existent, et la Feuille de route Québec ZéN en recense un grand nombre. Ces solutions sont connues et applicables, à la condition d’agir sans délai en privilégiant les approches systémiques plutôt que les actions à la pièce qui s’entrechoquent trop souvent.

Un antidote au mirage de la «croissance verte» 

Dans le contexte actuel de surenchère des programmes et subventions visant une relance dite « verte », la Feuille de route se veut un antidote à la mouvance technico-optimiste selon laquelle les avancées technologiques et la plantation de milliards d’arbres nous mèneraient, à elles seules, à la carboneutralité. Au contraire, la Feuille de route tente de cibler les racines de la crise, qui sont systémiques, et de fournir des balises conséquentes pour guider tous les aspects de la transformation sociale profonde qui s’impose.

Ces balises incluent les stratégies incontournables : s’affranchir d’urgence des énergies fossiles, stopper immédiatement les investissements dans des infrastructures encourageant l’auto solo et l’étalement urbain (comme le tunnel Québec-Lévis), se doter de normes de construction dignes du xxie siècle, tendre vers le zéro déchet, restaurer les milieux naturels, réparer le système agricole et alimentaire, etc.

Elles ciblent aussi les errements qui bloquent la transition : poursuivre notre fuite en avant en comptant sur les technologies de séquestration du carbone (identifiées comme un risque majeur par le GIEC); dilapider nos fonds publics pour produire de l’énergie (par exemple, le gaz naturel renouvelable) au détriment d’investissements dans la sobriété, financer des mégacentres de gazéification des déchets solides plutôt que l’élimination à la source des emballages et des objets superflus, subventionner la voiture électrique plutôt que réserver l’argent public aux mesures qui encouragent la marche, le vélo, le transport collectif ainsi que la densification des cœurs urbains et villageois, etc.

Ces quelques exemples laissent entrevoir l’ampleur des transformations à réaliser et leurs impacts potentiels sur certains groupes sociaux. Voilà pourquoi, loin de se limiter aux aspects techniques de la transition, la Feuille de route accorde aussi énormément d’attention aux enjeux politiques et sociaux qu’elle soulève.

Équité et protection des droits humains

La Feuille de route pour un Québec ZéN est catégorique : en harmonie avec les critères du Front commun pour une transition énergétique porteuse de justice sociale, la transition ne doit laisser personne derrière.

Aussi indispensables et incontournables soient-elles, les mesures réglementaires et écofiscales ne devront pas pénaliser les groupes vulnérables de la société, qui contribuent le moins au réchauffement climatique. La transition ne devra jamais servir de prétexte à la violation des droits des collectivités visées par des projets d’extraction en lien avec l’électrification. Nous devrons respecter les droits territoriaux autochtones et assurer des conditions de vie décentes aux réfugié.e.s climatiques. Les travailleurs et travailleuses dont les emplois dépendent des énergies fossiles, de la surconsommation et du gaspillage de ressources, tout comme les producteurs et productrices agricoles, devront être soutenus dans le cadre de stratégies structurantes visant l’émergence d’une économie viable.

En route vers des Collectivités ZéN

La coconstruction de la Feuille de route, un document de plus de 120 pages traitant d’une myriade de sujets complexes et litigieux, endossé consensuellement par des organisations aux intérêts diversifiés représentant collectivement 1,8 million de personnes au Québec, a démontré la puissance du dialogue social. Dans le cadre de la phase 2 de Québec ZéN intitulée « En action ! », le dialogue se poursuit, s’élargit et s’amplifie maintenant à l’échelle des territoires où des Chantiers de Collectivités ZéN se mettent en place.

Les porteurs de ces Chantiers, des organismes locaux enracinés dans leurs territoires respectifs, utilisent la Feuille de route Québec ZéN comme canevas pour rassembler les autres acteurs-clés de leur milieu et tracer avec eux leur propre Feuille de route, avec l’appui proactif du Front commun pour la transition énergétique et de ses partenaires. Bien que naissantes, ces initiatives d’innovation sociale ancrées dans l’inclusion, le partage, la créativité et la solidarité créent déjà une effervescence palpable.

Une invitation

La transition écologique mène à un monde plus propre, plus convivial, beaucoup plus sécuritaire. Les défis qu’elle soulève n’en sont pas moins colossaux, et l’équité intergénérationnelle nous interdit de gaspiller en fausses solutions un temps que nous n’avons plus. Dans ce contexte, le dialogue social n’est pas une option mais bien un impératif.  Non pas pour marchander des demi-mesures ou des incohérences qui nous feraient échouer, mais bien pour faire jaillir du maillage des savoirs et du choc des perspectives des trajectoires dignes et viables pour les écosystèmes et tous les êtres vivants qui en dépendent. 

C’est à ce dialogue lucide et courageux que le Front commun pour la transition énergétique convie la population du Québec.

Questions ou commentaires? 

Ce texte fait partie d’une série de 15 articles qui visent à faire connaître la Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité Québec ZéN 2.0. Ce projet a été élaboré par des membres du Front commun pour la transition énergétique et leurs allié.e.s. Créé en 2015, le Front commun regroupe 90 organisations environnementales, citoyennes, syndicales, communautaires et étudiantes représentant 1,8 million de personnes au Québec. 

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