Avant que la fenêtre ne se referme…

3 juillet 2021 | Marc Brullemans et Jacques Benoit

Lire l’article sur le site du journal Le Soleil

(15e de 15) « Une sécheresse exceptionnelle qui inquiète les Californiens (1)»… « La Terre piège désormais une quantité de chaleur ‟sans précédent” »… « Sécheresse : des producteurs détruisent leurs champs de blé »… « Épidémies de chenilles au Québec: les changements climatiques pourraient les multiplier »… « Rapport du GIEC sur le climat: l’humanité à la veille de conséquences cataclysmiques »… « Tornade à Mascouche: à quelques secondes de la mort »… « La santé humaine sous la menace du réchauffement climatique (2)»…

Ces titres sont tirés de médias francophones, entre le 21 et le 23 juin 2021. Comment se fait-il, alors, qu’on doive encore argumenter, expliquer, démontrer, voire convaincre de l’existence des bouleversements climatiques, des dangers qui sont à nos portes, et des gestes drastiques et urgents à poser ?

Du rapport Meadows en 1972, exposant les conséquences d’une exploitation exponentielle de nos ressources, jusqu’au prochain rapport du GIEC prévu pour 2022, en passant par la présentation de James Hansen en 1988, tous les avertissements des scientifiques vont dans la même direction : nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis.

Dans ce contexte, comment expliquer le comportement de nos leaders, sinon qu’ils se sentent tellement impuissants devant le mur qui se dresse devant eux qu’ils préfèrent l’ignorer? Ils et elles ne bougent pas, paralysé.e.s, tétanisé.e.s, comme des chevreuils éclairés, la nuit, par les phares des véhicules.

Cet immobilisme a été provoqué et alimenté par les pétrolières, comme le décrit bien le documentaire Climat: tous manipulés?. Ces multinationales ont utilisé les mêmes stratégies de désinformation que l’industrie du tabac. À la différence qu’ici, les effets ne seront ni individuels ni modifiables: ils seront globaux, irréversibles et mortels, autant pour l’Homme que pour de nombreuses espèces. Et ces multinationales en sont les principales responsables.

Dans la vie de tous les jours, on peut gérer le risque en calculant que le pire ne se produira pas; ou que s’il se produit, on agira en conséquence. Mais en matière de climat, c’est tout le contraire qui doit guider notre raisonnement: parce que si le pire se produit, on ne pourra pas se rattraper et le pire arrive déjà trop souvent…

La récente campagne publicitaire du gouvernement du Québec pousse dans la même direction que les pétrolières et autres multinationales. On nous fait coudre une jolie courtepointe pendant que la maison est en feu; on nous rassure au lieu de nous alerter; on nous anesthésie plutôt que de nous mobiliser: tout le contraire de ce qu’il faut à l’aube d’une catastrophe climatique risquant de rendre notre Terre inhabitable.

L’aveuglement, la quasi-imbécillité heureuse, doit cesser. Une solide campagne de sensibilisation, d’éducation, d’explication des enjeux et de l’urgence doit être engagée. La population doit connaître la réalité et les impacts inévitables auxquels elle fera face pour accepter les transformations de société que cela commande.

Le confinement de la COVID-19 nous a contraints à un changement de nos façons de vivre qui a mené à une baisse temporaire des émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais, au lieu de maintenir ou d’accentuer ces réductions, nous cherchons à tout prix à revenir à la «normalité», à notre erre d’aller, jusqu’à tenter de rattraper le temps «perdu». Comme des poules sans tête! Pourtant…

L’urgence climatique nous force à agir… en arrêtant !

Le réchauffement planétaire actuel, causé par l’Homme, est inédit par sa vitesse. Ralentir en conservant la même direction n’est pas suffisant. Et la COVID ou une autre pandémie ne suffira pas à «faire la job». Face au mur devant nous, nous devons nous arrêter, puis changer de direction, sans céder à la panique.

Changer de direction, c’est crever «l’œil du Dragon», mettre fin à l’entrepreneur conquérant, couper court à la publicité qui ne cherche qu’à accroître nos besoins de consommer et qui mène à la démesure. Nous devons détruire la Bête: les Google, Amazon et autres multinationales, qui transforment le monde en une entreprise qui impose sa loi (consommer), changent les citoyen.ne.s en client.e.s et la démocratie en marché, où l’achat tient lieu de vote. Ce sont des freins incommensurables à la résolution de l’enjeu climatique, à la juste place de l’humain dans la Biosphère.

Alors que les projets de développement fusent en de nombreuses contrées et secteurs économiques, ce sont de projets de décroissance résiliente, permanente et, si possible, bienveillante dont nous avons le plus besoin. On ne peut choisir à la fois la Nature et l’augmentation du PIB.

Il nous presse de comprendre qu’avec le réchauffement climatique, nous en sommes au début de la fin. Il nous reste dix ans! Nous avons tellement perdu de temps que nous devons maintenant atteindre le zéro émission de GES d’ici 2030, et non en 2050.

Quelles sont nos chances de réussite? Difficile de les évaluer, mais nous savons que, si nous continuons dans la même voie, nos chances d’échouer sont de 100%.

C’est pourquoi, dans cette série d’articles, nous avons présenté le Plan de la DUC: pour guider l’action déterminante à mener au cœur de cette urgence climatique. Cette proposition de GroupMobilisation ne servira à rien si elle n’est pas portée largement au plus haut niveau et si elle ne se concrétise pas dans les plus brefs délais.

«Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge», disait Winston Churchill.

Dans ce dernier article, nous ne pouvons que réitérer ce que nous avions écrit en introduction à la série, et qui résume l’enjeu qui est devant nous : ou nous nous contraignons maintenant à effectuer les difficiles, mais nécessaires, transformations sociétales, ou nous attendons que les crises s’en occupent pour nous.

Mais dépêchons-nous: la fenêtre se referme…

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